Posté le : mardi 8 octobre 12:38

Bonjour,
Votre projet en est déjà au niveau de la concertation mais le modèle économique de celui-ci me pose question. Vous êtes une société qui, à l’heure actuelle, n’avez aucune unité de production en fonctionnement et vous prévoyez déjà d’en construire 2 en même temps ou presque alors même que vous n’avez jamais testé votre procédé de façon industrielle.

Comment allez-vous financer le projet ? Si je comprends bien, H2V aura pour unique client GRT, mais qu’en est-il du contrat ? Est-il signé, y a t-il déjà une promesse de quantité, pour quelle durée ? Comment pouvez-vous calculer le financement sans réellement savoir les quantités que vous pourrez vendre.

Et si contrat il y a, pour une durée de quelques années, qu’adviendra t-il de votre usine si les pouvoirs publics ou H2V font marche arrière à son terme ?

Notre réponse :

Nous vous remercions pour votre contribution au débat.

L’ambition de H2V est de développer une filière industrielle de production d’hydrogène vert. La société se positionne comme un acteur industriel clé de l’atteinte des objectifs de la loi de Transition énergétique pour la croissance verte. Elle bénéficie pour cela d’un contexte réglementaire et économique favorable.

L’hydrogène vert est une énergie d’avenir, sa production n’engendre pas de gaz à effet de serre et l’origine de l’électricité est certifiée 100% d’origine renouvelable. Aussi, le projet s’inscrit dans le temps long pour participer à répondre au défi de la transition énergétique, il ne s’agit pas d’un investissement sur du court terme, l’objectif est de créer une filière française de production d’hydrogène vert.

 Le modèle économique

Le modèle économique de l’usine de production d’hydrogène vert repose sur trois grands piliers :

  • Le prix de l’électricité utilisée pour la production de l’hydrogène :

L’usine H2V59 serait dédiée au power-to-gas. Le procédé H2V a été étudié pour maximiser sa flexibilité, prévoir un fonctionnement pendant les périodes les moins contraintes, c’est-à-dire les périodes où les prix de marché de l’électricité sont les plus bas et participer aux mécanismes rémunérateurs de capacité, d’effacement et/ou d’ajustement.

  • Des économies d’échelle :

En construisant des usines de grande capacité, H2V optimise le coût de l’investissement et minimise le prix de l’hydrogène vert afin de le rendre compétitif par rapport à d’autres sources d’énergies.

  • Le prix de vente de l’hydrogène injecté dans le réseau de gaz naturel :

L’hydrogène produit dans l’usine H2V59 serait injecté dans le réseau de gaz naturel de GRTgaz, à un prix qui reste à définir. Le prix de l’hydrogène vert (hors transport) est aujourd’hui compris entre 4 et 6 euros par kilogramme. Une importante réduction du coût de production de l’hydrogène vert est attendue. Ainsi, le projet de PPE, que H2V met en application, prévoit qu’à l’horizon 2028, l’hydrogène vert représentera un coût de 2 à 3 euros par kilogramme. Cette diminution du coût de la production de l’hydrogène vert serait notamment rendue possible par la diminution du prix des électrolyseurs, du fait de l’industrialisation de leur production.

Par ailleurs, la loi énergie-climat reconnaît l’hydrogène comme vecteur énergétique et à ce titre permet d’ouvrir la possibilité de mettre en place un mécanisme de soutien financier afin de lancer la filière. L’ hydrogène produit à partir d’énergie renouvelable bénéficierait ainsi d’un cadre de soutien permettant d’être compétitif par rapport au prix des énergies fossiles. Ce cadre de soutien pourrait être du type complément de rémunération pris sur le modèle des énergies renouvelables ou du biogaz issu de la méthanisation. Il disparaitrait quand la filière sera compétitive.

Le financement du projet

Le financement de la réalisation du projet H2V59 représenterait un investissement compris entre 230 et 251 millions d’euros hors taxes. Il serait assuré à 30% sur les fonds propres de H2V, et par une dette de 70%, contractée le moment venu auprès de différentes banques. H2V entend également mettre en place un financement participatif.

Les débouchés, les clients

Le power-to-gas consiste à injecter de l’hydrogène dans le réseau de gaz naturel, qui contient principalement du méthane. Le projet H2V59 vise à produire annuellement 28 000 tonnes d’hydrogène vert qui seraient injectées dans le réseau de transport de gaz naturel en fonction des conditions d’injection définies par GRTgaz.  Le dispositif qui encadre la vente d’hydrogène est en cours de mise en place pour l’hydrogène vert puisque la loi Energie – Climat votée par l’Assemblée nationale et le Sénat prévoit que le gouvernement mette en place sous un an, les conditions de développement et de soutien de ce gaz renouvelable.

GRTgaz étant le transporteur, il ne sera pas le client d’H2V59. Il s’agirait d’un contrat de raccordement permettant l’accès au réseau national de transport de gaz. Le modèle serait celui utilisé pour le raccordement des installations de production de biométhane : http://www.grtgaz.com/fileadmin/clients/producteur_gaz/fr/contrat-raccordement-injection-biomethane-CG.pdf

Concernant les futurs clients d’H2V, on peut noter actuellement plusieurs offres de certains fournisseurs d’énergie, pour la vente de gaz « vert ». On peut retrouver la liste des fournisseurs intéressés par l’achat du biométhane page 15 de ce document.

De plus, la loi énergie climat prévoit la mise en place d’acheteurs de dernier recours pour le biogaz, pour éviter que les producteurs se trouvent sans débouché pour leur production. Ainsi, tout fournisseur de gaz naturel qui approvisionne plus de 10 % du marché national est tenu “de conclure un contrat d’obligation d’achat de biogaz avec tout producteur de biogaz qui en fait la demande”. Ainsi, l’hydrogène vert pourrait bénéficier comme pour le biométhane d’un tarif d’achat réglementé et garanti pendant 15 ans minimum pour les producteurs.

À moyen terme H2V59 est ouvert à d’autres débouchés tels que la mobilité hydrogène.  Par ailleurs, le projet H2VNormandy prévoit de fournir les industriels actuellement consommateurs d’hydrogène gris.

Quantité d’hydrogène vert

Le projet H2V59 prévoit une injection d’hydrogène à hauteur de 1 à 2 % en moyenne. C’est sur cette quantité d’injection que le modèle économique est bâti.

Un travail est actuellement réalisé par GRTgaz sur le plan national pour étudier la compatibilité du réseau de gaz et de certains équipements raccordés aux réseaux de gaz naturel (comme les chaudières). À ce jour en France, les spécificités contractuelles du gaz livré par les opérateurs de réseau prévoient une limite maximale de 6% d’hydrogène en volume dans le réseau de gaz naturel (dans l’Union européenne, ce taux varie de 0 à 12%). Des expérimentations sont en cours, notamment à Cappelle-la-Grande où le taux d’injection d’hydrogène est progressivement porté à 20% (projet GRHYD).

Arrêt de l’usine

Dans le cas de l’arrêt définitif de l’usine, H2V59 remettra le site dans un état tel qu’il ne s’y manifestera aucun danger. Un mémoire de cessation d’activité conforme à l’article R512-39-1 du Code de l’environnement, précisant les mesures prises pour assurer la protection de l’environnement et des populations voisines, sera transmis à la Préfecture au moins trois mois avant l’arrêté définitif.

La remise en état du site sera adaptée à un usage industriel. Les avis du maire et du propriétaire, relatifs à la remise en état du site, figureront dans le dossier de demande d’autorisation environnementale.

Par ailleurs, H2V59 est soumis à la constitution de garanties financières. C’est un engagement écrit d’un établissement de crédit ou d’une société d’assurance capable de mobiliser, si nécessaire, les fonds permettant de faire face à la défaillance de l’exploitant dans certains cas de figure problématiques, ceci afin d’éviter que des travaux importants ne restent à la charge de la collectivité publique.